
Yamaha a immatriculé 27 287 motocycles (-12,6%) en France en 2025. Pour Moto-Net.Com, le directeur commercial de la marque japonaise analyse la baisse du marché français et les tendances majeures, dresse son bilan et celui de ses principaux modèles, annonce les premiers événements 2026... Interview MNC de Paul Goulm.
Moto-Net.Com : Le marché français du motocycle (hors 50cc) est en perte de vitesse en 2025. Quelle est la part du passage à Euro5+ dans ce freinage ?
Paul Goulm, directeur commercial Yamaha Motor France : La transition EU5/EU5+ a joué un rôle central dans la physionomie de nos marchés en 2025, puisqu'elle a impacté de façon antagoniste les marchés du VN et du VO. Rappelons que lors d'un changement de norme Euro, le gouvernement concède à chaque marque un "quota" de véhicules à l'ancienne norme, qui demeureront immatriculables après la mise en application de la nouvelle norme. Ainsi, sur le VN, nous évaluons entre 8000 et 10 000, le nombre de 2/3 roues ayant été immatriculés par les marques (et leurs réseaux) fin 2024, en vue de respecter ces quotas de dérogations.
Le marché 2/3 roues a terminé en repli de 15,8%, soit 33 000 unités... si nous devions réintégrer ces 10 000 "pré-immatriculations" au marché de 2025, ce dernier afficherait mécaniquement une contraction qui se limiterait à -7% ! C'est donc la moitié de la décroissance marché de 2025 qui est directement imputable à ce changement de norme.
A l'inverse, le marché de l'occasion a été "porté" en 2025 par une offre "VO récent" abondante, permettant un chiffre en légère croissance par rapport à 2024, ce qui démontre en tout état de cause un intérêt de fond pour nos produits !
MNC : Quels autres phénomènes expliquent ce repli des ventes de motos et scooters (125cc et plus) en France ?
P. G. : Le repli des ventes évoqué n'est pas l'apanage de nos marchés : la consommation dans son ensemble a été sous pression en 2025 ! La confiance des Français a été malmenée, leur pouvoir d'achat n'a que peu progressé, malgré une inflation qui s'est orientée à la baisse. Dans ce contexte, c'est l'épargne qui a tiré son épingle du jeu, atteignant des records en France.
MNC : Mis à part quelques best-sellers, les 125 cc souffrent particulièrement. Pourquoi les Français les boudent-ils selon vous ?
P. G. : Le marché des 125cc n'a pas été exempt d'immatriculations anticipées à fin 2024, et a subi, comme l'ensemble du marché ce jeu de vases communicants. Il est par ailleurs dominé par les scooters (représentant 62% des ventes), qui bien qu'étant toujours de véritables solutions face aux embouteillages urbains, subissent plusieurs évolutions dans nos habitudes :
Le marché est donc en constante mutation, et évolue au gré de l'offre, des besoins, des habitudes, et des réglementations...

MNC : Leurs équivalents à trois roues chutent à nouveau et vertigineusement. Que sont devenus ces "scootomobilistes" : des cyclistes, des télétravailleurs, des R5-istes ?
P. G. : Le marché du 3-roues est probablement LE plus impacté par les pré-immatriculations Euro5, puisque nous avons observé sur le dernier trimestre de 2024 une sur-représentation des véhicules de démonstration de l'ordre de 1500 unités (pour un marché qui avait alors clôturé à 8400...). Ceci dit, il reste manifeste que le segment est singulièrement orienté à la baisse, puisque même en apportant cette correction, la tendance marché serait tout de même de -17%. Les explications apportées au sujet des 125cc sont tout aussi valables pour les 3-roues, qui s'adressent à la même clientèle.
MNC : Les motos de petites cylindrées (entre 300 et 500cc) montent en régime. Est-ce une question de goût, de coût, des deux à la fois ?
P. G. : Cette percée des cylindrées intermédiaires répond à plusieurs logiques. La première est industrielle : Les modèles pourvus de moteurs de ces cylindrées sont plébiscités dans nombre de pays d'Asie, et leur mise aux normes Européennes a donc été une opportunité d'enrichir l'offre pour nos marchés. La seconde, bien entendu, est la cohérence de cette offre par rapport aux attentes de nos clients. Ces produits sont généralement de jolis produits, plus abordables que leurs "grands frères", que ce soit au plan tarifaire, ou du gabarit ! Enfin, la réglementation sur nos routes européennes limite la vitesse. En revanche, les sensations d'accélération et le couple sont recherchés par la clientèle, et ces moyennes cylindrées (entre 300 et 500cc) n'en sont pas dépourvu bien au contraire ! Ce segment propose ainsi une offre qualitative donnant l'accès aux "plus de 125cc" au plus grand nombre !
MNC : Chez les moyennes cylindrées, le retour en force de machines "raisonnablement" sportives est confirmé. Mais la nouvelle catégorie Sportbike ne risque-t-elle pas de faire tomber le segment dans le piège de la quête de performance à outrance ?
P. G. : La "rationalisation" de l'offre en motos sportives devenait inéluctable... Les Supersport sont des machines exceptionnelles, permettant d'exprimer une compétitivité presque sans limites sur circuit, mais leur usage sur route devenait de plus en plus complexe. Un "vide" s'était naturellement créé sur ce segment, pour les clients adeptes de motos sportives polyvalentes, capables de week-ends en montagne, et de belles journées piste à l'envie !
Bien entendu, ces machines vont continuer de progresser au fil des ans, mais je crois que les constructeurs suivent une piste intéressante : celle d'offrir une moto efficiente pour le quotidien et qui peut, moyennant des investissements raisonnables, devenir une réelle machine à gagner sur circuits. C'est le pari de nos R7 et R9 !
MNC : Côté gros cubes, la tendance générale est à la sophistication, aux finitions "Premium", à la hausse de cylindrée... donc à la hausse des tarifs. Le profil de leurs clients change-t-il aussi : moins jeunes, plus aisés, toujours aussi passionnés ?... Ou est-ce justement parce que les clients changent que les motos évoluent dans ce sens ?
P. G. : La sophistication répond aux attentes du marché, et nous pourrions le transposer à tous les marchés : les autos n'ont jamais été aussi technologiques, ni les téléphones, ni les équipements domotiques, ... C'est une tendance de fond, avec pour buts, plus de simplicité, d'efficacité, de sécurité.
La moto ne s'y soustrait pas, et les avantages apportés par la technologie sont probablement encore plus sensibles sur un deux-roues dès lors que nous parlons de confort, de sécurité, et de performance. Le "motard moyen" a tendance à prendre de l'âge en effet, gagnant en pouvoir d'achat, et renforçant ses attentes vis-à-vis de sa monture... La passion reste bien entendu le maître-mot dans nos activités ! Au final, oui, les motos sont toujours plus technologiques, et ce quel que soit le niveau de gamme. C'est une attente de fond.
Je décorrélerais cependant ce point de la cylindrée, qui n'est pas une fin en soi. Nous avons la conviction chez Yamaha que l'équilibre général d'une moto est la clef de voute... et je crois que le succès de la Tracer 9 (troisième du classement des immats moto en 2025) montre que les clients valident !

MNC : Quel est votre bilan global sur 2025 en France ?
P. G. : 2025 aura été une année compliquée pour Yamaha : notre gamme a fait ses preuves, mais nous n'avons clairement pas pu tirer partie de la qualité de notre offre au cours de cette saison à cause de l'introduction tardives de certains modèles Euro5+. Malgré tout, nous avons eu le plaisir de constater que parmi les 12 premières immatriculations en France, 6 sont des Yamaha. Cela montre à quel point nos produits répondent aux attentes de nos clients, qui restent attachés à Yamaha.
MNC : Quels modèles ont particulièrement bien roulé pour vous cette année (en volume et/ou image) ?
P. G. : Si je devais n'en citer que deux :
MNC : MNC : Quelles machines ont moins bien tourné et pourquoi ?
P. G. : L'introduction de la nouvelle Tracer 7 au cœur de l'été ne nous a pas permis de satisfaire nos clients dès le début de l'année, malgré les qualités de ce nouveau modèle 2025 sont indéniables. En 2026, nous aurons une disponibilité bien meilleure, et dès ce début d'année. Cela devrait nous permettre de rendre justice à ce modèle qui rencontre un joli succès depuis quelques années.
Il faut bien sûr évoquer le "cas" R9. Cette moto aura déchaîné beaucoup de passions en 2025... mais c'est aussi l'un de nos plus faibles volumes de ventes. Nous avons subi, et subissons toujours, de grosses difficultés de production sur ce modèle en raison d'un problème de fournisseur sur un composant clé, et ne sommes toujours pas à ce jour, en mesure de satisfaire l'ensemble des clients ayant passé commande. Cet épisode sans précédent est difficile à accepter, la satisfaction de nos clients étant une réelle priorité pour nous. Il faut savoir que nous mettons tout en œuvre afin de résoudre ce problème dans les meilleurs délais.
MNC : MNC : Quels seront vos grands rendez-vous au 1er semestre 2026 ?
P. G. : Nous lançons 2026 avec quelques RDV "habituels" auxquels nous tenons :
Par la suite, nous serons sur l'ensemble des événements phares de l'année. Entre-temps, bien entendu, nous donnons RDV à nos clients en concessions pour venir découvrir nos nouveautés : WR125R et Tmax 25th Anniversary pour bien commencer dès février, puis R7 et Ténéré World Raid sur le 2e trimestre !
Enfin, tout au long de l'année, nous continuerons de faire découvrir notre transmission automatique Y-AMT, sur nos gammes Tracer (7 et 9) et MT (07 et 09), à l'occasion de séances de roulage lors du Démo Ride Tour entre autres.
MNC : MNC : Qu'avez vous commandé au Père Noël cette année ?
P. G. : Une saison de MotoGP passionnante, avec le nouveau V4 Yamaha !
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