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Paris, le 1er septembre 2015

World Supersport : interview de Jules Cluzel

World Supersport : interview de Jules Cluzel

La prochaine épreuve du World Supersport est programmée à Jerez... dans trois semaines ! Moto-Net.Com a profité de cette nouvelle pause pour interroger notre brillant représentant dans cette catégorie : Jules Cluzel, qui se bat pour le titre ! Interview.

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Moto-Net.Com : Première question, évidente mais capitale : comment vas-tu ?
Jules Cluzel :
Bah ça va bien ! On est dans une drôle de période, un mois de pause avant Sepang, puis un mois et demi avant Jerez... Ca fait vachement d'attente quand même ! Mais je m'occupe en faisant pas mal de sport. Je me suis aussi accordé une petite période de repos après la Malaisie. Et puis il y a les différentes opérations promotionnelles à mener entre les courses, en France, en Italie, en Allemagne... un peu partout !

MNC : C'est ta troisième saison en World Supersport. Quel est ton avis sur ce championnat, son règlement, ses courses, ses pilotes ?
J. C. :
J'ai tout de suite bien aimé ce championnat ! J'arrivais des Grand Prix et j'ai apprécié l'ambiance un peu plus familiale. Aujourd'hui ça change un peu car la Dorna a pris les commandes, mais la pression reste moins forte qu'en GP. On est plus "détente" lorsque les essais sont finis. J'ai aussi trouvé que les pilotes entre eux étaient un peu plus cools. J'aime vraiment la catégorie 600. Ce n'est pas que je n'aime pas le 1000, mais aujourd'hui je me sens vraiment bien sur une 600. Et puis c'est top de rouler sur des motos qu'on voit sur la route, préparées... et de différentes marques !

MNC : Contrairement au Moto2 où toutes les motos sont motorisées par Honda, le Supersport comprend plusieurs marques... C'est important pour un pilote ?
J. C. :
C'est super important. Ca valorise son travail, le projet de son équipe. MV Agusta par exemple investit beaucoup en ce moment en Supersport et en Superbike, et je suis d'autant plus heureux de gagner pour eux. Personnellement, j'aime les formules où il y a plusieurs marques qui peuvent se battre pour la victoire. C'est ce qui crée le côté sympa de nos catégories.

MNC : Que penses-tu de la domination de Jonathan Rea et de Kawasaki en Superbike cette année ?
J. C. :
Je pense que Kawasaki a acquis une solide expérience en quelques années. Ils ont mis les moyens et j'ai surtout l'impression qu'ils ont une électronique de folie. La moto a l'air très saine, que ce soit en châssis, moteur ou électronique. Sa force aujourd'hui est son homogénéité grâce à pas mal d'électronique performante. En comparaison, la Ducati doit être une très bonne moto mais sans doute plus difficile à dompter. La Honda commence à avoir pas mal d'années mais reste bonne. L'Aprilia marche très fort sur certains circuits mais la Kawa est tout le temps dans le coup.

MNC : Et le fait que Jonathan arrive à battre Tom, cela t'a surpris ?
J. C. :
C'est vrai que Jonathan ne connaissait pas cette moto. Il descendait de la Honda qui, je pense, était plus compliquée. Il avait passé beaucoup d'années sur la Fireblade et je pense que le fait de monter sur la Ninja aujourd'hui lui a fait du bien au moral. Il a amélioré certains de ses points faibles et consolidé ses points forts. Il n'avait plus à compenser un certain manque de performances. Rouler sur une moto au top a fait la différence.

MNC : Parlons de ta moto, la MV Agusta F3. Tu as été victime de deux pannes en début d'année... Tiriez-vous un peu trop dessus ?
J. C. :
Non, pas spécialement. Je ne connais pas toutes les origines de ces problèmes, mais le principal pour moi est que tout a été résolu. J'ai été déçu, mais ils l'ont été tout autant que moi. Aujourd'hui nous sommes deuxièmes du championnat à cause de ces deux soucis. Heureusement, le retard n'est pas si élevé que ça et nous avons encore les moyens de remporter le titre. C'est le plus important.

MNC : As-tu seulement l'assurance de terminer la saison au top d'un point de vue mécanique ? Te reste-t-il suffisamment de moteurs ?
J. C. :
Nous n'avons aucune garantie. On espère que ça tiendra jusqu'au bout, c'est possible et il va même falloir si on veut jouer le titre ! Il nous faudra peut-être un peu de chance parce que le dernier moteur est déjà en route...

MNC : Cela veut dire que vous allez rouler à l'économie pendant les essais ? Réduire le nombre de kilomètres, comme vous l'avez fait ces derniers week-ends ?
J. C. :
Oui, il a fallu trouver des solutions. On a réussi à limiter le kilométrage sur quelques courses. J'espère que ça ne gâchera pas le travail effectué jusqu'à présent. Mais MV a trouvé des solutions et tout fonctionne maintenant très, très bien.

MNC : Tu es actuellement deuxième du championnat, avec 155 points et trois victoires. Quel est ton bilan personnel à l'approche de la fin de saison ?
J. C. :
Je ne suis pas du genre à me valoriser, mais je suis plutôt fier de mon travail et de mes résultats. Je suis content et j'espère que ça va durer jusqu'à la dernière course. Je veux continuer ainsi pour boucler ce qui est, de loin, ma plus belle saison. J'aurais pu mieux faire à Sepang ou à Assen. Aux Pays-Bas notamment, j'ai été battu par un Kenan assez agressif. Mais cela m'a aidé, j'en ai tiré des leçons et je ne me suis pas laissé faire à Portimao. En Malaisie, la victoire s'est jouée dans l'ultime virage. Je m'en veux un peu car j'aurais dû tasser Jacobsen un peu plus pour qu'il ne me repasse pas à l'accélération...

MNC : Il ne reste plus que trois épreuves. Tu attends forcément Magny-Cours avec impatience, mais que penses-tu de Jerez et Losail ?
J. C. :
Kenan risque d'être très fort à Jerez, il y a toujours bien roulé par le passé. L'an dernier j'étais en bagarre pour la victoire malgré pas mal de ratés au rétrogradage. Malheureusement, je suis tombé dans l'avant-dernier tour. J'avais quand même un bon feeling et je dominais, donc je vise la victoire cette année. À vrai dire, mon objectif est de gagner les trois dernières courses ! À Magny-Cours, j'ai gagné mes deux courses en Supersport. Maintenant, les conditions météo peuvent être compliquées. On peut avoir beau en début de week-end et pluie le dimanche. Jusqu'à présent ça m'a plutôt souri, donc pourvu que ça dure. En même temps, rouler sur le mouillé ou en conditions mixtes à Magny-Cours est plutôt "spécial"... Il ne faudra pas commettre d'erreur sous peine de perdre la possibilité de remporter le championnat au Qatar. La fin de saison s'annonce délicate : il va falloir se lâcher tout en restant solide.

MNC : Déjà deux fois vice-champion SSP, ton objectif est de remporter le championnat 2015. Quelles conséquences pourraient avoir l'obtention du titre sur la suite de ta carrière ?
J. C. :
En fait aujourd'hui je me pose pas trop la question. Si je deviens champion, j'aurai une belle coupe à la maison. C'est tout ce que ça changera vraiment. Le fait d'obtenir le titre ne modifiera pas mes choix. Mon choix sera déjà fait d'ailleurs. Comme tu le dis, j'ai déjà été deux fois deuxième. L'être une troisième fois ne serait pas dramatique, je ne vais pas me plaindre, mais mon objectif actuel est le titre de champion du monde et je vais tout faire pour le devenir.

MNC : Justement, ne considères-tu pas que tu n'as pas grand-chose à perdre au final ? Contrairement au leader Kenan, tu dois adopter une attitude clairement offensive. PJ Jacobsen n'est pas loin en troisième place, effectivement, mais cela importe peu...
J. C. :
Jacobsen est à 15 points et je ne suis pas à l'abri de faire une erreur. Mais c'est évident que je vais attaquer le plus possible, en évitant de dépasser la limite. Ce sera mon état d'esprit pour les trois derniers rendez-vous.

MNC : Ton coéquipier Lorenzo Zanetti s'est intercalé entre Kenan et toi dernièrement. Peut-il t'aider dans ta quête ?
J. C. :
Pour être clair, il m'a rendu service deux fois mais ce n'était pas pour m'aider. Son but était avant tout de monter sur le podium. C'est un pilote italien et il est frustré de ne pas avoir gagné avec la MV Agusta. Ce sera son objectif pour cette fin de saison, il l'a dit en interview... Mais c'est positif pour moi car j'espère que je serai plus rapide que lui et qu'il s'intercalera de nouveau entre Kenan et moi, ou Jacobsen. Mais je ne pense pas qu'il y aura dans sa tête l'intention de finir deuxième derrière moi.

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